Sens spirituel du projet

08 mai 2017

Venez (re)découvrir l’inspiration théologique du père Marko Rupnik qui a guidé la conception de l’esquisse de Saint-Joseph-le-Bienveillant et qu'il a présentée le 19 mars. Un cheminement de l’Ancien au Nouveau Testament, une église qui raconte l’histoire du Salut, où comment Dieu se faisant homme, mort sur la Croix et Ressuscité, permet à toute l’humanité d’accéder au Royaume de Dieu.

Dans le livre de l’Exode, Dieu avait dit à Moïse de faire une tente pour y célébrer la liturgie (Ex 26, 31-32). A côté, il avait fait construire une deuxième tente, le Sanctuaire ou Saint des Saints qui n’était que le modèle réduit de la vraie demeure de Dieu que Moïse n’avait pas pu voir (Ex 25, 40).

Selon la Lettre aux Hébreux, la première tente de Moïse représente l'humanité incapable d'accéder à Dieu qui est dans la deuxième tente. En effet, il y a un voile entre les deux tentes, le voile du péché et de la mort qui nous empêchent d’accéder à Dieu. Personne n’a jamais pu traverser ce voile, même si, une fois par an, le Grand Prêtre entrait symboliquement dans le Saint des Saints du Temple de Jérusalem. Selon la Lettre aux Hébreux, les sacrifices alors offerts restaient impuissants à enlever les péchés et à donner accès véritablement à Dieu (He 10, 1-4).

La nouvelle Alliance réalise ce que promettait la liturgie du Temple. Du sanctuaire, le Père envoie son Fils. Celui-ci entre dans la tente de l’humanité en devenant homme. Jésus traverse alors la tente de l’humanité pour aller vers la mort. Il se fait solidaire de tous les hommes : il offre sa vie dans la mort sur la croix, dans les larmes et les cris (He 5, 7). C’est ainsi qu’il célèbre une fois pour toutes une liturgie efficace.

En mourant sur la croix, le Christ fait de sa vie une offrande parfaite en sachant qu’au-delà de la mort il y a le Père. En réponse, le Père donne à son Fils la victoire : il lui permet de dépasser la mort. Ainsi quand le Christ meurt sur la croix, le voile du Temple se déchire (Lc 23, 45-46). En même temps, par la blessure du côté du Christ sur la croix, se déverse sur l’humanité la vie divine (Jn 19, 34).
Ainsi toute l’humanité, en Jésus, est entrée dans le sanctuaire de la divinité et toute la divinité, par Jésus, s’est déversée dans l’humanité. Les deux tentes sont désormais ouvertes : une voie directe vers Dieu est désormais possible (He 10, 19-22).

Cette ouverture réalisée par le mystère pascal est réalisée par la liturgie eucharistique. Sur l’autel nous apportons du pain et du vin qui symbolisent notre vie biologique, nos efforts, notre travail, nous-mêmes. L’Esprit Saint descend alors dessus et les fait devenir le Corps du Christ, mort, ressuscité, entré dans le sanctuaire. Ainsi, par le pain et le vin consacrés, par le Christ, avec lui et en lui, nous-mêmes entrons dans le sanctuaire. Nous sommes alors devant le Père et nous pouvons lui dire Notre Père.

Ce mouvement eucharistique correspond à la vie de l’Eglise. L’Eglise ne coïncide pas tout à fait avec les deux tentes, avec le Christ mais elle est l’espace qui permet d’entrer dans le Royaume. L’Eglise rend visible l’unité des deux tentes qui n’est réalisée que dans une seule personne, le Christ.
L’église édifice procède de cette définition de l’Eglise corps du Christ : l’architecture naît de la foi.

Les murs de l’édifice église doivent être l’autoportrait de l’Eglise corps du Christ. L’abside c’est le sein du Père d’où tout vient et où tout retourne. Elle est concave : Dieu se vide de lui-même, envoie son Fils et l’accueille en retour avec l’humanité réunie. L’abside représente aussi l’axe vertical de l’histoire du salut, le Fils venant du Père et faisant monter les hommes au Père. En entrant dans l’église, par le baptême et la réconciliation, nous voyons tout de suite ce vers quoi nous nous dirigeons : l’eschatologie, le retour au Père. Au centre : l’autel, lieu où se rencontrent le divin et l’humain, éclairé par la blessure de Jésus en Croix d’où vient la lumière divine.

Du dehors, l’architecture de l’édifice doit aussi refléter le sens spirituel de l’Eglise. Une coupole exprime Dieu fait homme. L’église est vue par l’abside : on ne voit Dieu que de dos comme Moïse (Ex 33, 18-23). On peut y représenter comment les hommes cherchent Dieu et surtout comment Dieu se dévoile aux hommes.
Derrière la coupole, se fait l’accueil, à taille humaine, comme une invitation à entrer.