Histoire de …

Plan de l'église

Au moment où les architectes mettent une dernière main aux plans de l’église et du centre paroissial Saint-Joseph le Bienveillant, il peut être intéressant de se pencher sur l’histoire des formes qu’ont données les chrétiens à leurs églises.

Disons-le tout de suite, il n’y a pas dans le Nouveau Testament de règles fixées pour tracer le plan d’une église. Les chrétiens ont donc cherché, à travers les siècles, à déployer dans leurs édifices religieux le sens qu’ils souhaitaient donner à ces lieux de rencontre entre Dieu et les hommes, selon des conventions qui ont pu évoluer, mais aussi selon des modes.

Si le livre des Actes des Apôtres rapporte que les disciples « allaient fidèlement au Temple » (Ac 2, 46), il montre aussi que très vite, à cause de la propagation de la Bonne Nouvelle au-delà de la Palestine, les apôtres et les premiers chrétiens se rendaient dans les synagogues (par exemple Ac  9, 20 ; 13, 5) puis, de plus en plus, dans les maisons des fidèles. Ainsi, Luc raconte une célébration eucharistique au troisième étage d’une maison de Troas, en Grèce : «  le premier jour de la semaine, nous étions rassemblés pour rompre le pain (…) ;  il y avait quantité de lampes dans la salle du haut où nous étions rassemblés »(Ac 20, 7-12). Aux IIe et IIIe siècles, les communautés chrétiennes persécutées semblent avoir perpétué ce choix de se rassembler dans les demeures de leurs membres, souvent les plus vastes. L’architecture de ces salles n’a donc rien de sacré, bien au contraire.

En effet, avec la fin des persécutions au IVe siècle, les chrétiens répandus dans l’Empire romain choisissent d’utiliser des lieux de culte qu’on appelle des basiliques. Il s’agit de vastes salles de réunion à vocation profane, qui permettent aux fidèles de s’assembler dans un même lieu. Le plan de ces basiliques montre que les chrétiens refusent le modèle des édifices sacrés païens. Dans un temple grec ou romain (on trouve aussi cela dans d’autres religions de l’époque, et même dans le judaïsme jusqu’à la destruction du Temple de Jérusalem en 70), le peuple reste à l’extérieur du temple, en bas des marches où ont lieu les sacrifices d’animaux. Le temple est réservé à la statue du dieu, lointain et indifférent, ainsi qu’aux magistrats chargés du culte. Rien n’est plus étranger à la conception chrétienne de la célébration de sa foi. Pour les chrétiens, tous doivent être assemblés à l’abri de la demeure de Dieu afin de tous célébrer le culte d’un Dieu qui s’est fait tellement proche qu’il se donne par sa Parole et son eucharistie. C’est pourquoi les églises sont toujours des espaces suffisamment vastes pour accueillir toute la communauté. Le plan basilical, qui correspond à un édifice civil ouvert à tous, permet de répondre cette conception du Peuple de Dieu et de sa liturgie.

Qu’est-ce qui caractérise le plan basilical ? Il est très simple, c’est un rectangle fermé par une abside semi-circulaire où se tient celui qui préside l’assemblée et célèbre en son nom l’eucharistie. L’édifice est parfois tourné vers la tombe d’un saint, parfois vers l’Est, mais cette « orientation » ne devient une norme qu’au IXe siècle. Selon la taille du rectangle, il peut être séparé en trois ou cinq nefs – il y a toujours une nef centrale – couvertes d’une charpente de bois. Les basiliques romaines sont de parfaits exemples de ce plan, Saint-Pierre de Rome jusqu’à sa destruction à la Renaissance, mais aussi Saint-Jean de Latran. Ce plan a inspiré de très nombreuses églises en Occident tout au long du Moyen-âge et jusqu’à nos jours. Parfois, comme à Saint-Ambroise de Milan, l’église est précédée d’une vaste cour encadrée de portiques, un atrium hérité des demeures des riches Romains. La disposition de notre futur centre paroissial, face à l’église, pourrait tout à fait l’évoquer.

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